Robinetterie, chaudière, lave-linge, cafetière, bouilloire… partout où l’eau passe, les appareils électroménagers et les canalisations trépassent. En cause, le tartre… Mais notre santé aussi
peut pâtir de la qualité de l’eau qui sort du robinet : chlore, bactéries, pesticides…
Trop dure, trop douce ? Infectée ? Trop chlorée ?... L’eau qui coule dans nos maisons est censée être traitée, contrôlée et potable. Les syndicats des eaux et les institutions veillent à sa qualité. Malgré cela, de nombreux fabricants et revendeurs d’adoucisseurs surfent sur la vague du développement durable pour fourguer une camelote dont il faut plus que se méfier. Ainsi de ce distributeur qui annonce sur son site internet 30 euros d’économies par mois pour une famille de quatre personnes grâce à l’installation d’un adoucisseur. « Selon les paramètres de calculs qui changent d’un cas à l’autre, l’économie peut être réelle ou purement virtuelle, confie Mikael Laurent, chargé de mission à la Maison de la consommation et de l’environnement de Rennes, c’est pour cette raison qu’il faut examiner tous les paramètres avant de se lancer. » En effet, ce que ces appareils font gagner d’un côté, ils peuvent le faire perdre d’un autre, en augmentant la consommation d’eau par exemple. Pour éviter l’arnaque et investir malin, voici quelques conseils de traitement de l’eau à la maison.
Avant tout, il faut bien faire la différence entre traitement de confort et traitement de la qualité de l’eau. Ces deux concepts ne relèvent pas de la même logique. Le traitement de confort a trait à la lutte antitartre, l’objectif étant, en général, d’augmenter la durée de vie des appareils électroménagers et de protéger les canalisations contre les risques d’encrassement. Par ailleurs, le tartre réduit la détergence des produits de lavage, d’où l’intérêt de le faire disparaître.
Le traitement de la qualité, quant à lui, est un traitement sanitaire. Il suppose que l’eau n’est pas propre à la consommation, ce qui est assez rare aujourd’hui en France. Néanmoins, dans les campagnes reculées et les habitations isolées, il peut arriver que l’eau soit souillée par des canalisations en mauvais état. Dans ce cas, l’acquisition d’un filtre à charbon actif ou à roche volcanique peut se révéler utile.
Le charbon actif, une eau sans résidus organiques
Le charbon actif est une matière carbonée dont la légère charge électrique positive attire et retient l’ion chlore, les composés organiques, les pesticides et les impuretés. Il peut être extrudé, en poudre ou en grains. C’est cette dernière forme qui est exploitée dans les applications de traitement de l’eau. Il est largement utilisé, notamment dans les carafes filtrantes. Le charbon actif agit comme une éponge, retenant les impuretés en les piégeant simplement, par adsorption, ou en les liant chimiquement. Il possède la meilleure capacité d’adsorption de tous les matériaux naturels connus. Pour une efficacité maximale, il doit être en contact le plus longtemps possible avec l’eau. Plus l’eau passe doucement, meilleure est la filtration.
Sachez que le charbon actif est doté d’une excellente capacité d’élimination des chlorophénols. Rapidement absorbés par ingestion, par inhalation ou par contact avec la peau, particulièrement nocifs pour la santé (on les soupçonne entre autres méfaits, d’être cancérogènes), les chlorophénols résultent de la chloration des eaux potables des réseaux publics de distribution où se sont retrouvés accidentellement des phénols résiduels de l’industrie.
Le charbon actif fixe aussi presque instantanément la plupart des micro-polluants organiques (pesticides, herbicides…).
La roche volcanique, une eau pure et bonifiée
Le concept du filtre Naturalizer Kirameki a été développé en 1980 au Japon par la société Crystalwater qui s’est inspirée des propriétés des roches volcaniques de l’archipel. Le principe est de faire passer l’eau à travers différentes couches (neuf matériaux au total, tous issus de roches volcaniques), reproduisant ainsi le parcours de l’eau dans la nature. L’eau en ressort filtrée mais aussi améliorée grâce aux propriétés des roches qu’elle traverse.
Le Naturalizer a ensuite été introduit aux États-Unis en 2000 sous le nom commercial de Wellness où il a été proposé initialement sous sa version originale longue durée (150 000 litres de capacité de filtration) puis sous une version ne permettant plus le rétro-nettoyage hebdomadaire du filtre et obligeant à l’achat régulier de cartouches de remplacement. Le Naturalizer de Crystalwater, version originale, est disponible chez Biovie [voir adresses en fin d'article] pour 1 122 euros. « Une jolie somme, mais avec ce filtre, une famille de quatre personnes est tranquille pour une quinzaine d’années », précise Éric Viard, P-DG de Biovie. C’est sans doute le Naturalizer qui a inspiré la société belge Cristallinn pour mettre au point un système commercialisé en France par Éco-H20 et fonctionnant lui aussi avec des roches volcaniques. Mais la sphère de filtrage doit être changée régulièrement à un rythme qui dépend de la dureté de l’eau. Et elle coûte quelque 310 euros.
Votre eau est-elle calcaire ?
Une eau dure est une eau chargée en ions calcium et magnésium. Cette dureté, ou degré de minéralisation de l’eau, s’exprime en degrés titre hydrotimétrique (°TH). En France, elle s’exprime en mg/l de CaCO3 (carbonate de calcium) ou en degré français (symbole : °f, à ne pas confondre avec le symbole °F, degré Fahrenheit). Le degré de dureté de l’eau est indiqué sur une fiche de qualité des eaux réalisée tous les ans par les DDASS et vous est communiqué avec votre facture d’eau. Vous pouvez aussi la mesurer vous-même à l’aide de bandelettes test que l’on trouve chez les vendeurs d’aquariums ou dans les pharmacies.
La présence de calcaire dans l’eau n’est pas un problème en soi. Ce n’est rien d’autre qu’une forme de calcium (carbonate de calcium) auquel s’ajoute un peu de carbonate de magnésium. Ainsi, une eau calcaire participe à l’apport journalier en calcium.
Cela dit, lorsqu’il se transforme en tartre sous l’effet de la chaleur, les problèmes commencent. Ils peuvent conduire à la mort pure et simple des appareils (la cafetière entartrée, tout le monde connaît !). Il faut donc trouver la parade, en sachant qu’une eau trop douce est corrosive. Et qui dit corrosion dit fuites, bactéries et libération dans l’eau de métaux comme l’étain, le cuivre ou le plomb, hautement toxique.
Dans l’idéal, l’eau ne doit être ni trop douce ni trop dure. Suivez la voie du milieu : protégez les équipements de l’encrassement et maintenez une eau mi-dure mi-douce, entre 8 et 30 °TH (°f).
Entrez en osmose
Tour à tour encensée puis critiquée, l’osmose inverse fait les beaux jours des sociétés spécialisées. De quoi s’agit-il ? Si vous placez dans un récipient une membrane perméable à l’eau et que vous versez une eau très salée d’un côté et de l’eau douce de l’autre côté, l’eau douce circulera vers le compartiment le plus salé pour équilibrer les concentrations.
Oui, la nature fait très bien les choses. Et l’homme passe son temps à la copier pour créer des systèmes et des technologies qui lui ressemblent. Sauf que, pour se débarrasser d’un surcroît de calcaire et obtenir une eau moins dure, il faut inverser le phénomène. Les ingénieurs ont donc fait appel à toute leur ingéniosité pour concevoir des appareils capables de provoquer une osmose… inverse. Les résultats sont probants, l’eau est purifiée.
Optez pour la pompe perméate
Un osmoseur classique se compose de pré-filtres granulaires de charbon actif, d’une membrane d’osmose, d’un réservoir de stockage et d’un robinet. Petit bémol cependant : cet appareil rejette beaucoup – trop ! – d’eau. Inconvénient qu’il faut prendre en compte lors de l’achat. En effet, de l’osmoseur de base à celui équipé d’une pompe électrique, le rejet peut aller du simple au triple, car la pompe présente le double avantage de faire fonctionner l’osmoseur même lorsque la pression est trop faible mais aussi d’augmenter la vitesse de remplissage du réservoir. Consommation électrique, rejet d’eau et temps de remplissage sont donc les critères à retenir pour faire un choix éclairé.
Tout bien pesé, l’osmoseur à pompe mécanique (dite pompe perméate) est la solution à privilégier. L’alimentation électrique n’est pas nécessaire et le rejet de l’eau de vidange est moindre. Autre avantage : le remplissage est meilleur qu’avec l’osmoseur simple.
Quoi qu’il en soit, pour vous garantir une qualité d’eau irréprochable, changez les cartouches une fois par an. Pour la membrane, la fréquence idéale de remplacement est de deux ans. Investissez également dans une cartouche de reminéralisation, appelée aussi cartouche post-filtration, qui garantira l’apport en sels minéraux et oligo-éléments.
Adoucissez, mais pas trop
L’adoucisseur, c’est l’appareil de confort par excellence, idéal pour éviter l’entartrage des canalisations et de l’électroménager. Il fonctionne avec une résine qui traque et emprisonne les ions calcium et magnésium et libère à la place des ions sodium. Lorsque la résine est saturée en calcium et magnésium, elle est rincée à l’aide d’une solution très concentrée en sodium. Ce rinçage est ce que les professionnels appellent la régénération. Elle dure une à deux heures et utilise 180 à 200 litres d’eau ! Si l’adoucisseur est peu énergivore (les adoucisseurs hydrauliques fonctionnent avec une turbine qui produit de l’énergie mécanique à partir de l’eau en mouvement), il consomme en revanche beaucoup d’eau. Votre facture d’eau grimpera d’au moins 10 % par an.
Le coût de l’appareil varie de 800 à 2 500 euros selon les marques et le type d’appareil. À cela, il faut ajouter le coût de la pose et de l’entretien. Attention : un adoucisseur résout les problèmes de tartre mais il n’a aucun effet sur les nitrates, pesticides et bactéries.
L’investissement doit donc s’envisager à long terme, en prenant en considération la durée de vie des tuyaux, de la chaudière et des appareils ménagers, le coût des pastilles ou poudre antitartre sachant que certaines machines à laver sont vendues avec adoucisseur intégré. Et en se disant qu’une eau moins dure est un gage d’économies au quotidien car elle augmente le pouvoir détergent des savons, shampooings et lessives. Ce qui réduit forcément les quantités d’eau utilisées pour aboutir aux mêmes résultats.
Magnétisez vos canalisations
Quelques fabricants ont redécouvert les vertus des champs magnétiques dans la lutte contre le tartre. En soumettant l’eau à un champ magnétique, le carbonate de calcium (insoluble dans l’eau et constituant principal du calcaire) ne peut plus se cristalliser sous forme de tartre. Le calcaire se transforme alors en aragonite (polymorphe stable du carbonate de calcium), une poudre blanche qui a un pouvoir d’accrochage bien inférieur à celui du tartre.
Le champ magnétique est créé autour de la canalisation grâce à un aimant très puissant. L’effet du traitement magnétique est instantané et sans modification de la composition de l’eau. Pas besoin d’énergie pour faire fonctionner ce petit appareil dont la dimension est choisie selon le diamètre et le débit du tuyau qui l’accueille. Il se visse aisément et ne requiert aucune maintenance.
Trucs de grand-mère : Coquille d’huître, vinaigre blanc, eau de pluie
Lorsqu’une eau dure est chauffée à plus de 60 °C, il se forme un précipité insoluble : c’est le tartre. La solution : réglez les programmes de vos machines à laver et la température de votre chauffe-eau à moins de 55 °C.
Votre cafetière électrique vous dira merci si vous mettez une coquille d’huître dans le récipient à eau. Le tartre s’y déposera et épargnera la résistance. Même combat pour votre bouilloire et le réservoir d’eau des toilettes.
Nos grands-mères utilisaient du vinaigre blanc chaud pour ôter les traces de tartre des robinets ou pour faire tremper des pièces entartrées.
Et si vous avez la possibilité de récupérer l’eau de pluie, utilisez cette eau, naturellement douce. Vos canalisations ne s’en porteront que mieux.
Amel Bouvyer
À lire
- « L’Eau à la maison, mode d’emploi écologique », de Sandrine Cabrit-Leclerc. Terre vivante éd., 25 euros. À commander chez votre libraire ou sur internet (amazon.fr - 23,76 euros)