HABITAT

Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /2010 15:12
Calcaire.gif

 

Robinetterie, chaudière, lave-linge, cafetière, bouilloire… partout où l’eau passe, les appareils électroménagers et les canalisations trépassent. En cause, le tartre… Mais notre santé aussi peut pâtir de la qualité de l’eau qui sort du robinet : chlore, bactéries, pesticides…
 

Trop dure, trop douce ? Infectée ? Trop chlorée ?... L’eau qui coule dans nos maisons est censée être traitée, contrôlée et potable. Les syndicats des eaux et les institutions veillent à sa qualité. Malgré cela, de nombreux fabricants et revendeurs d’adoucisseurs surfent sur la vague du développement durable pour fourguer une camelote dont il faut plus que se méfier. Ainsi de ce distributeur qui annonce sur son site internet 30 euros d’économies par mois pour une famille de quatre personnes grâce à l’installation d’un adoucisseur. « Selon les paramètres de calculs qui changent d’un cas à l’autre, l’économie peut être réelle ou purement virtuelle, confie Mikael Laurent, chargé de mission à la Maison de la consommation et de l’environnement de Rennes, c’est pour cette raison qu’il faut examiner tous les paramètres  avant de se lancer. » En effet, ce que ces appareils font gagner d’un côté, ils peuvent le faire perdre d’un autre, en augmentant la consommation d’eau par exemple. Pour éviter l’arnaque et investir malin, voici quelques conseils de traitement de l’eau à la maison.

Avant tout, il faut bien faire la différence entre traitement de confort et traitement de la qualité de l’eau. Ces deux concepts ne relèvent pas de la même logique. Le traitement de confort a trait à la lutte antitartre, l’objectif étant, en général, d’augmenter la durée de vie des appareils électroménagers et de protéger les canalisations contre les risques d’encrassement. Par ailleurs, le tartre réduit la détergence des produits de lavage, d’où l’intérêt de le faire disparaître.

Le traitement de la qualité, quant à lui, est un traitement sanitaire. Il suppose que l’eau n’est pas propre à la consommation, ce qui est assez rare aujourd’hui en France. Néanmoins, dans les campagnes reculées et les habitations isolées, il peut arriver que l’eau soit souillée par des canalisations en mauvais état. Dans ce cas, l’acquisition d’un filtre à charbon actif ou à roche volcanique peut se révéler utile.

Le charbon actif, une eau sans résidus organiques

Le charbon actif est une matière carbonée dont la légère charge électrique positive attire et retient l’ion chlore, les composés organiques,  les pesticides et les impuretés. Il peut être extrudé, en poudre ou en grains. C’est cette dernière forme qui est exploitée dans les applications de traitement de l’eau. Il est largement utilisé, notamment dans les carafes filtrantes. Le charbon actif agit comme une éponge, retenant les impuretés en les piégeant simplement, par adsorption, ou en les liant chimiquement. Il possède la meilleure capacité d’adsorption de tous les matériaux naturels connus. Pour une efficacité maximale, il doit être en contact le plus longtemps possible avec l’eau. Plus l’eau passe doucement, meilleure est la filtration.

Sachez que le charbon actif est doté d’une excellente capacité d’élimination des chlorophénols. Rapidement absorbés par ingestion, par inhalation ou par contact avec la peau, particulièrement nocifs pour la santé (on les soupçonne entre autres méfaits, d’être cancérogènes), les chlorophénols résultent de la chloration des eaux potables des réseaux publics de distribution où se sont retrouvés accidentellement des phénols résiduels de l’industrie.

Le charbon actif fixe aussi presque instantanément la plupart des micro-polluants organiques (pesticides, herbicides…).

La roche volcanique, une eau pure et bonifiée

Le concept du filtre Naturalizer Kirameki a été développé en 1980 au Japon par la société Crystalwater qui s’est inspirée des propriétés des roches volcaniques de l’archipel. Le principe est de faire passer l’eau à travers différentes couches (neuf matériaux au total, tous issus de roches volcaniques), reproduisant ainsi le parcours de l’eau dans la nature. L’eau en ressort filtrée mais aussi améliorée grâce aux propriétés des roches qu’elle traverse.

Le Naturalizer a ensuite été introduit aux États-Unis en 2000 sous le nom commercial de Wellness où il a été proposé initialement sous sa version originale longue durée (150 000 litres de capacité de filtration) puis sous une version ne permettant plus le rétro-nettoyage hebdomadaire du filtre et obligeant à l’achat régulier de cartouches de remplacement. Le Naturalizer de Crystalwater, version originale, est disponible chez Biovie [voir adresses en fin d'article] pour 1 122 euros. « Une jolie somme, mais avec ce filtre, une famille de quatre personnes est tranquille pour une quinzaine d’années », précise Éric Viard, P-DG de Biovie. C’est sans doute le Naturalizer qui a inspiré la société belge Cristallinn pour mettre au point un système commercialisé en France par Éco-H20 et fonctionnant lui aussi avec des roches volcaniques. Mais la sphère de filtrage doit être changée régulièrement à un rythme qui dépend de la dureté de l’eau. Et elle coûte quelque 310 euros.

Votre eau est-elle calcaire ?

Une eau dure est une eau chargée en ions calcium et magnésium. Cette dureté, ou degré de minéralisation de l’eau, s’exprime en degrés titre hydrotimétrique (°TH). En France, elle s’exprime en mg/l de CaCO3 (carbonate de calcium) ou en degré français (symbole : °f, à ne pas confondre avec le symbole °F, degré Fahrenheit). Le degré de dureté de l’eau est indiqué sur une fiche de qualité des eaux réalisée tous les ans par les DDASS et vous est communiqué avec votre facture d’eau. Vous pouvez aussi la mesurer vous-même à l’aide de bandelettes test que l’on trouve chez les vendeurs d’aquariums ou dans les pharmacies.

La présence de calcaire dans l’eau n’est pas un problème en soi. Ce n’est rien d’autre qu’une forme de calcium (carbonate de calcium) auquel s’ajoute un peu de carbonate de magnésium. Ainsi, une eau calcaire participe à l’apport journalier en calcium.

Cela dit, lorsqu’il se transforme en tartre sous l’effet de la chaleur, les problèmes commencent. Ils peuvent conduire à la mort pure et simple des appareils (la cafetière entartrée, tout le monde connaît !). Il faut donc trouver la parade, en sachant qu’une eau trop douce est corrosive. Et qui dit corrosion dit fuites, bactéries et libération dans l’eau de métaux comme l’étain, le cuivre ou le plomb, hautement toxique.

Dans l’idéal, l’eau ne doit être ni trop douce ni trop dure. Suivez la voie du milieu : protégez les équipements de l’encrassement et maintenez une eau mi-dure mi-douce, entre 8 et 30 °TH (°f).

Entrez en osmose

Tour à tour encensée puis critiquée, l’osmose inverse fait les beaux jours des sociétés spécialisées. De quoi s’agit-il ? Si vous placez dans un récipient une membrane perméable à l’eau et que vous versez une eau très salée d’un côté et de l’eau douce de l’autre côté, l’eau douce circulera vers le compartiment le plus salé pour équilibrer les concentrations.

Oui, la nature fait très bien les choses. Et l’homme passe son temps à la copier pour créer des systèmes et des technologies qui lui ressemblent. Sauf que, pour se débarrasser d’un surcroît de calcaire et obtenir une eau moins dure, il faut inverser le phénomène. Les ingénieurs ont donc fait appel à toute leur ingéniosité pour concevoir des appareils capables de provoquer une osmose… inverse. Les résultats sont probants, l’eau est purifiée.

Optez pour la pompe perméate

Un osmoseur classique se compose de pré-filtres granulaires de charbon actif, d’une membrane d’osmose, d’un réservoir de stockage et d’un robinet. Petit bémol cependant : cet appareil rejette beaucoup – trop ! – d’eau. Inconvénient qu’il faut prendre en compte lors de l’achat. En effet, de l’osmoseur de base à celui équipé d’une pompe électrique, le rejet peut aller du simple au triple, car la pompe présente le double avantage de faire fonctionner l’osmoseur même lorsque la pression est trop faible mais aussi d’augmenter la vitesse de remplissage du réservoir. Consommation électrique, rejet d’eau et temps de remplissage sont donc les critères à retenir pour faire un choix éclairé.

Tout bien pesé, l’osmoseur à pompe mécanique (dite pompe perméate) est la solution à privilégier. L’alimentation électrique n’est pas nécessaire et le rejet de l’eau de vidange est moindre. Autre avantage : le remplissage est meilleur qu’avec l’osmoseur simple.

Quoi qu’il en soit, pour vous garantir une qualité d’eau irréprochable, changez les cartouches une fois par an. Pour la membrane, la fréquence idéale de remplacement est de deux ans. Investissez également dans une cartouche de reminéralisation, appelée aussi cartouche post-filtration, qui garantira l’apport en sels minéraux et oligo-éléments.

Adoucissez, mais pas trop

L’adoucisseur, c’est l’appareil de confort par excellence, idéal pour éviter l’entartrage des canalisations et de l’électroménager. Il fonctionne avec une résine qui traque et emprisonne les ions calcium et magnésium et libère à la place des ions sodium. Lorsque la résine est saturée en calcium et magnésium, elle est rincée à l’aide d’une solution très concentrée en sodium. Ce rinçage est ce que les professionnels appellent la régénération. Elle dure une à deux heures et utilise 180 à 200 litres d’eau ! Si l’adoucisseur est peu énergivore (les adoucisseurs hydrauliques fonctionnent avec une turbine qui produit de l’énergie mécanique à partir de l’eau en mouvement), il consomme en revanche beaucoup d’eau. Votre facture d’eau grimpera d’au moins 10 % par an.

Le coût de l’appareil varie de 800 à 2 500 euros selon les marques et le type d’appareil. À cela, il faut ajouter le coût de la pose et de l’entretien. Attention : un adoucisseur résout les problèmes de tartre mais il n’a aucun effet sur les nitrates, pesticides et bactéries.

L’investissement doit donc s’envisager à long terme, en prenant en considération la durée de vie des tuyaux, de la chaudière et des appareils ménagers, le coût des pastilles ou poudre antitartre sachant que certaines machines à laver sont vendues avec adoucisseur intégré. Et en se disant qu’une eau moins dure est un gage d’économies au quotidien car elle augmente le pouvoir détergent des savons, shampooings et lessives. Ce qui réduit forcément les quantités d’eau utilisées pour aboutir aux mêmes résultats.

Magnétisez vos canalisations 

Quelques fabricants ont redécouvert les vertus des champs magnétiques dans la lutte contre le tartre. En soumettant l’eau à un champ magnétique, le carbonate de calcium (insoluble dans l’eau et constituant principal du calcaire) ne peut plus se cristalliser sous forme de tartre. Le calcaire se transforme alors en aragonite (polymorphe stable du carbonate de calcium), une poudre blanche qui a un pouvoir d’accrochage bien inférieur à celui du tartre.

Le champ magnétique est créé autour de la canalisation grâce à un aimant très puissant. L’effet du traitement magnétique est instantané et sans modification de la composition de l’eau. Pas besoin d’énergie pour faire fonctionner ce petit appareil dont la dimension est choisie selon le diamètre et le débit du tuyau qui l’accueille. Il se visse aisément et ne requiert aucune maintenance.

Trucs de grand-mère : Coquille d’huître, vinaigre blanc, eau de pluie

Lorsqu’une eau dure est chauffée à plus de 60 °C, il se forme un précipité insoluble : c’est le tartre. La solution : réglez les programmes de vos machines à laver et la température de votre chauffe-eau à moins de 55 °C.

Votre cafetière électrique vous dira merci si vous mettez une coquille d’huître dans le récipient à eau. Le tartre s’y déposera et épargnera la résistance. Même combat pour votre bouilloire et le réservoir d’eau des toilettes.

Nos grands-mères utilisaient du vinaigre blanc chaud pour ôter les traces de tartre des robinets ou pour faire tremper des pièces entartrées.

Et si vous avez la possibilité de récupérer l’eau de pluie, utilisez cette eau, naturellement douce. Vos canalisations ne s’en porteront que mieux.

 Amel Bouvyer

À lire

  • « L’Eau à la maison, mode d’emploi écologique », de Sandrine Cabrit-Leclerc. Terre vivante éd., 25 euros. À commander chez votre libraire ou sur internet (amazon.fr - 23,76 euros)

- Publié dans : HABITAT
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 11 décembre 2009 5 11 /12 /2009 16:35

Difficile de passer à côté ! Avec ses 12 000 affiches apposées dans les villes de plus de 50 000 habitants et ses multiples incursions publicitaires dans la presse, la nouvelle lessive Le Chat Éco Efficacité fait tout pour se faire remarquer.

« L’écologie, c’est le moment d’en parler moins et d’en faire plus », précise le slogan de la campagne. La marque, qui en 1989, comptait parmi les premières à offrir une lessive sans phosphate, ajoute en guise d’argumentaire : « Tensio-actifs d’origine 100 % végétale et 100 % biodégradables » et « une efficacité même en eau froide ».

Cette nouvelle campagne illustre à merveille le type de communication menée par les entreprises lessivielles depuis des années. Une fois encore, les arguments sont tellement partiels qu’ils frisent le mensonge. « Que veut dire “lessive écologique” ? Une lessive qui n’aurait aucun impact sur l’environnement ou un impact moindre ? s’insurge l’Observatoire indépendant de la publicité. En l’état, aucune lessive ne peut apporter l’assurance d’être totalement indolore pour l’environnement. Comme les voitures, il n’y a pas de “lessive écologique” mais des lessives plus ou moins écologiques. » Le Chat Éco Efficacité parle beaucoup, mais en fait beaucoup moins que prévu. Finalement, Le Chat n’aurait-il pas dû se taire ? Les chiffres nous le diront. Mais il est probable que les consommateurs ont une fois de plus gobé la pastille verte. D’autant que, dans le domaine des produits ménagers, ils ne savent pas trop à quel baril se vouer. Une étude menée ce printemps par le CRÉDOC pour Ecover, révèle que 77 % des Français estiment que l’usage des produits ménagers peut avoir des conséquences sur leur santé (23 % de graves incidents et 54 % une incidence minime). Mais ils continuent pourtant de choisir leurs produits en fonction de l’efficacité (79 % des personnes interrogées) et du prix (53 %). L’environnement n’est un critère d’achat que pour 45 % d’entre eux. D’ailleurs, seuls 44 % examinent la liste des ingrédients. « On observe un phénomène exactement inverse de celui qui se pratique dans l’alimentaire, explique Franck Lehuede, du CRÉDOC. 79 % des Français n’ont jamais recherché d’information sur les risques santé liés à l’usage des produits nettoyants ménagers. Il faudrait peut-être une crise de la lessive folle pour faire changer les mentalités. »

M.propre.gif  

Monsieur Propre, quelle tache !

Une bonne grosse catastrophe, voilà peut-être ce qui ferait couper la tête de monsieur Propre et lâcher les flacons de Javel. « Les produits ménagers comportent trois niveaux de risque, précise Yannick Martin, médecin environnemental du bureau d’étude Vitair. Ils sont dangereux et très impactants sur l’environnement au moment de leur production dans les usines. Utilisés quasi quotidiennement, leurs milliers de substances difficilement identifiables ruinent notre santé. Rejetés dans l’évier, ils souillent les eaux et demandent des traitements de plus en plus sophistiqués que les stations d’épuration ne parviennent plus à fournir. »

Si l’on ne connaît pas précisément l’impact des produits nettoyants sur l’environnement, s’il n’existe pas encore d’études globales sur le sujet, certains de leurs composants ont déjà défrayé la chronique. Les phosphates, interdits dans les lessives textiles depuis le 1er juillet 2007 mais encore bien présents dans le reste des produits ménagers (ils entrent dans la composition des tablettes de lave-vaisselle à hauteur de 45 %) continuent d’asphyxier nos cours d’eau. Ces composés ont pour intérêt, sur un plan domestique, de maintenir un milieu basique nécessaire à l’efficacité des détergents et d’éviter les phénomènes de redéposition. En gros, ils empêchent que la saleté une fois décollée de notre assiette ne se redépose dessus.

Mais pour l’environnement, les phosphates sont un véritable désastre. Dans les rivières, ces composés (dont la moitié retrouvée dans les cours d’eau provient des produits ménagers) sont à l’origine de la prolifération d’algues et des risques d’eutrophisation. Le principe ? Des lentilles vertes se développent à fleur d’eau, obstruent le passage de la lumière, empêchent l’oxygénation et, du coup, asphyxient toute vie aquatique.

Autres ennemis déclarés de l’environnement, les tensioactifs. Environ 10 millions de tonnes sont utilisées chaque année dans le monde (dont 2,5 millions en Europe). Dans les produits ménagers, ce sont eux qui font la majeure partie du boulot. Lorsqu’ils sont issus du pétrole, ils sont difficilement dégradables et on les retrouve parfois dans l’eau potable ou dans l’écume mousseuse des vagues. 90 % du littoral méditerranéen en a fait les frais. Ces puissants dégraissants ont rongé la cire protectrice des aiguilles de pin laissant au sel marin le champ libre pour agresser les arbres. Résultat : des forêts de pins brûlés au troisième degré. Mais ce n’est pas tout. « Les éthoxylates d’alkylphénol, utilisés comme tensioactifs dans les produits nettoyants, sont fortement soupçonnés de déclencher des perturbations endocriniennes, soulignent Élisabeth Laville et Marie Balmain dans leur ouvrage « Achetons responsable ! » (aux éditions du Seuil). De nombreux poissons mâles de la rivière Aire, en Angleterre, se trouvant en aval des eaux rejetées par une usine de traitement contenant des éthoxylates d’alkylphénol en provenance de l’industrie textile se sont féminisés : leur taille et leur croissance étaient réduites et on trouvait des cellules ovipares dans leurs testicules. »

armi les autres trublions de la biodiversité, citons les agents de chélation anticalcaires comme l’EDTA (acide éthylène-diamine-tétra-acétique) qui relâchent dans le milieu aquatique des métaux lourds. Mais aussi les composés alcalins qui modifient le pH de l’eau ou encore les azurants optiques que l’on trouve encore dans de nombreuses lessives. Ces derniers « sont souvent des dérivés du stilbène qui ne sont pas totalement éliminés lors du rinçage du linge et sont toxiques pour la vie aquatique », précise Élisabeth Laville qui pointe là le problème majeur des produits ménagers : de plus en plus compliqués, leurs cocktails d’isothiazolinone, de sodium benzoate, de polycarbonates, d’alcanolamides… devient intraitable. « Les agents d’entretien contiennent 30 à 40 substances différentes et un nombre de molécules impressionnant, détaille lors du dernier café-conso organisé par Nature & Découvertes (téléchargeable sur leur site), Marie-France Corre qui a dirigé pendant dix-sept ans les tests produits de l’UFC-Que Choisir. Comme on en utilise tout le temps, les rejets dans les eaux usées sont permanents. Si bien qu’au final, les eaux contiennent toujours quelques nanogrammes de substances chimiques. » « Seule la moitié des eaux usées est traitée avant son retour dans les cours d’eau, confirme Gaëlle Bouttier-Guérive chargée de mission au WWF. Les résidus toxiques des détergents restent dans le cycle de l’eau. Ils sont donc retrouvés dans l’eau de pluie comme dans la mer. Les poissons et les cétacés, notamment, sont touchés dans leur chair par ces produits qui perturbent leur développement et leur reproduction. Conséquence : depuis 1970, 50 % des populations des espèces d’eau douce ont disparu. »

Risquer sa peau pour une vaisselle…

Pour la santé, les produits ménagers ne sont pas non plus très nets. « Entre cosmétiques et produits d’entretien, il n’y a pas de grandes différences, explique Marie-France. On a des compositions assez similaires et si l’on ne s’applique pas du produit vaisselle sur le visage, on s’en met sur les mains (selon l’étude du CRÉDOC, seulement 27 % de la population met des gants pour utiliser les produits ménagers). Le risque de passage des substances dans le sang est donc important. Un produit d’entretien ça se respire aussi, et comme on l’utilise en quantité importante, ça le rend, à plusieurs égards, encore pire que les cosmétiques. » Comme les crèmes pour le visage, celles à récurer peuvent causer des allergies, développer des irritations, brûler la peau.

À long terme, cette intoxication chronique peut atteindre les systèmes nerveux, respiratoire, digestif et même favoriser des tumeurs cancéreuses. Les substances les plus connues se nomment formaldéhyde (un conservateur bon marché), borates (agents de blanchiment), NTA (composant qui améliore la performance des formules) et sont toutes soupçonnées d’être à l’origine de certains cancers. « Ce qui est en cause aujourd’hui, explique Élisabeth Laville, ce sont les effets non immédiats sur la santé et l’environnement de certains ingrédients auxquels nous sommes exposés de manière régulière en petites quantités. Ce sont ces effets insidieux qui font débat aujourd’hui sur le marché de l’hygiène-beauté. Les muscs artificiels par exemple, qui parfument certains produits, sont persistants dans l’environnement et capables de s’accumuler dans l’organisme. Ils sont soupçonnés de causer des perturbations hormonales et des maladies du foie. »

Les effets de la bioaccumulation, voilà le boomerang qui ne devrait pas tarder à nous revenir en pleine figure. « En médecine, lorsque l’on prescrit plus de trois médicaments, on ne connaît pas les interactions possibles, explique Yannick Martin, médecin environnemental du bureau d’études Vitair. Avec des milliers de substances présentes dans les produits ménagers, il est impossible de modéliser un scénario. Aujourd’hui, on estime que 80 mg de produits dangereux entrent chaque année dans les foyers. On risque d’en payer les pots cassés d’ici à une dizaine d’années. » D’autant que dans le lot, certaines substances autorisées sont plutôt préoccupantes. La réglementation REACH, qui prévoit d’éliminer progressivement celles identifiées dangereuses dans l’Union européenne a déjà répertorié 100 000 substances chimiques mais ne pourra interdire les produits dangereux que d’ici dix ou quinze ans. « Il y a un engorgement terrible, déplore Alain Germond, directeur général de Salveco, et il va falloir encore du temps pour interdire les substances alarmantes. Actuellement, entre 3 000 et 5 000 substances CMR – à caractère cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction – sont identifiées mais restent toujours commercialisées. »

Chiffons verts et cartons rouges

Pas brillant, ce bilan de nos produits ménagers. Mais comment éviter de lentement s’intoxiquer ? Comment se repérer dans les rayons ? Difficile de donner des recettes. Car, en matière de pédagogie sur l’étiquette, les marques lessivielles ne font pas vraiment d’effort. Il faut dire que la loi ne les oblige pas à grand-chose. Le règlement européen sur les détergents (n° 648/2004) impose aux fabricants d’indiquer cinq catégories de produits : les tensioactifs, les azurants optiques, les parfums, les enzymes, les désinfectants et de préciser leur pourcentage en poids selon des fourchettes assez larges (moins de 5 %, compris entre 5 et 15 %, entre 15 et 30 % ou plus de 30 %).

S’ils sont utilisés à des concentrations de plus de 0,2 % (du poids total), certains composants doivent également figurer sur l’emballage. C’est le cas des phosphates, des phosphonates, des tensioactifs anioniques, des tensioactifs cationiques, des tensioactifs amphotériques, des tensioactifs non ioniques, des agents de blanchiment oxygénés, des agents de blanchiment chlorés, de l’EDTA et de ses sels dérivés, de l’acide nitrilotriacétique (le NTA) et de ses sels dérivés, des phénols et phénols halogénés, du paradichlorobenzène, des hydrocarbures aromatiques, des hydrocarbures aliphatiques, des hydrocarbures halogénés, du savon, des zéolites, des polycarboxylates.

Pour les fragrances allergènes et les conservateurs, c’est la dénomination INCI (comme les cosmétiques) qui doit figurer sur l’étiquette s’ils dépassent 0,01 % du poids total. « Ces obligations ne rendent pas le produit lisible pour autant, s’insurge Peter Malaise, concept manager chez Ecover, leader sur le marché des détergents écolos. Qui aujourd’hui, sans avoir suivi une solide formation de chimiste, est capable de comprendre ce qui y est écrit ? Il faudrait que l’on impose aux fabricants de mentionner la liste complète des ingrédients, comme nous le faisons depuis plus de trente ans. »

Coup de balai sur les labels

En attendant, les consommateurs peuvent se tourner vers les labels. Dans le domaine des produits ménagers, il est important de distinguer les mentions autoproclamées par les industriels (du genre Cleanright, Sustainable Cleaning) et les autres. De sérieux, il n’en existe que trois, bien qu’aucun ne remporte d’adhésion massive : l’Éco­label européen, la certification Écocert et la mention Nature & Progrès. Le plus connu est le label européen. Il peut être accordé aux détergents textiles, aux liquides vaisselle, aux détergents pour lave-vaisselle, aux nettoyants universels et nettoyants pour lave-vaisselle et aux produits de nettoyage. Pour les lessives textiles par exemple, l’Écolabel interdit l’utilisation des ingrédients classés R40, R45, R46, R49, R50-53, R51-53, R59, R60, R61, R62, R63, R64, R68, les éthoxylates d’alkylphénol et leurs dérivés, les nitromuscs, les muscs polycycliques, l’EDTA, le NTA, les sels d’ammonium quaternaire non biodégradables et les agents conservateurs, classés R50-53. Les phosphonates non biodégradables en aérobiose ne doivent pas excéder 0,5 g par lavage, les phosphates 25 g par lavage. Toute substance parfumante doit être fabriquée et/ou traitée selon le code de bonne pratique de l’Association internationale des matières premières pour la parfumerie (IFRA)… De plus, le produit doit répondre à des critères de performance (il doit laver aussi bien que son homologue conventionnel) et d’écologie (réduction des emballages, procédés de fabrication propres…). Il n’en demeure pas moins que, pour les puristes du naturel, ce label est trop permissif, d’autant qu’il est prévu qu’il autorise encore plus de chimie. 

« L’écolabel cible 30 % du marché actuel, regrette Peter Malaise, dont la marque a choisi de ne pas y adhérer. La part de marché actuelle des lessives écologiques ne dépasse pas les 0,5 %. On va inéluctablement vers une labellisation de plus en plus au rabais. » Pour les moins exigeants, ce label est une première marche vers une meilleure identification des produits propres. Parmi les marques qui ont choisi la fleur bleue sur leurs produits : L’Arbre vert, Atout vert, Prim’vert, Rainett, Naturella, Chêne vert, Maison propre, Casino, Carrefour, Cora, Champion, Monoprix, Auchan, Système U…

De l’huile de coude, bio si possible

D’autres préfèrent se tourner vers la certification Écocert qui distingue les détergents écologiques n’utilisant aucun ingrédient issu de la pétrochimie. Son cahier des charges n’autorise que les tensioactifs d’origine renouvelable, les parfums et les colorants d’origine naturelle. Les ingrédients d’origine végétale ne doivent pas utiliser des espèces menacées ni génétiquement modifiées. Les procédés de fabrication sont également pris en compte et doivent être respectueux de l’environnement. 

Chez Nature & Progrès, ce sont à peu près les mêmes exigences bien que l’association autorise « pour des quantités définies, un conservateur d’origine chimique » mais, en revanche, exige que toutes les matières végétales utilisées soient bio. Aujourd’hui, six fabricants de nettoyage ont reçu la mention Nature & Progrès et moins d’une trentaine d’entreprises la certification Écocert, parmi lesquelles le laboratoire Alvend, la SA Famille Mary (qui propose des produits pour la maison à partir des produits de la ruche), Salveco (qui cumule les labels pour ses produits Atout vert), Kitz, Sodasan (marque allemande), Druide (consœur canadienne), Fleurance… Là encore, ce label connaît des détracteurs. « Un couteau qui coupe la viande coupe aussi les doigts, s’amuse Peter Malaise. Autrement dit, il est impossible de proposer des produits efficaces sans qu’ils n’aient un impact sur l’environnement. Chez Ecover, nos tensioactifs sont entièrement naturels, fabriqués à partir d’huile de colza, de sucre et de levure candida. Nos formules sont biodégradables rapidement et complètement à 28 jours – alors que la loi n’exige de tester que les tensioactifs et qu’ils soient biodégradables à 60 % – mais nous ne pouvons pas complètement nous passer de la chimie si nous voulons être efficaces. Dans l’ensemble de notre gamme, on trouve 1,8 % de molécules issues de la pétrochimie. » Alors que choisir ? L’efficacité ou le naturel ? « La clé pour rendre les produits naturels opérants, souligne Marie-France Corre, c’est d’utiliser davantage d’huile de coude. De frotter au savon de Marseille les taches les plus coriaces avant d’entasser le linge dans la machine, par exemple. » Biologique ou pas, l’huile de coude, Marie-France ?

Par Hélène Binet 

- Publié dans : HABITAT
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 16:05

 

La prise en compte des objectifs liés à la réalisation d'un habitat sain et équilibré commence bien avant le démarrage des travaux, par une étude de géobiologie et de feng-shui. 


La géobiologie : La géobiologie est l'étude de l'ensemble des influences de l'environnement sur le vivant, et notamment des ondes liées aux champs magnétiques et électriques, courants d'eau souterrains, réseaux métalliques, failles géologiques, etc. Étymologiquement, il s'agit d'une association de la racine géo (la terre) et biologie (l'étude de tout ce qui est vivant).


Le feng-shui : Le Feng shui, littéralement « vent et eau », est un art chinois millénaire dont le but est d'harmoniser l'énergie environnementale (le Qi) d'un lieu de manière à favoriser la santé, le bien-être et la prospérité de ses occupants. 

    

- Publié dans : HABITAT
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Présentation

Recherche

Calendrier

Mars 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Signaler un abus