SOCIÉTÉ

Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /2010 19:00

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Chaque jour le bruit nous fatigue un peu plus, nous rend plus irritables, un peu plus sourds. Nos oreilles n’en peuvent plus de subir les décibels. Les experts de la santé annoncent un XXIe siècle où l’on aura beaucoup de mal à s’entendre. Mais les pouvoirs publics font la sourde oreille.

 

Cela s’est passé le 21 septembre dernier dans les salons de l’hôtel de Lassay, à Paris. Chantal Jouanno, secrétaire d’État chargée de l’Écologie, et Éric Diard, député des Bouches-du-Rhône et président du Conseil national du bruit, ont remis les trophées de la 14e édition du concours national le Décibel d’or. Ce concours récompense chaque année les initiatives les plus remarquables en matière d’amélioration de l’environnement sonore. Parmi les quatorze lauréats, quatre ont tiré leurs décibels du jeu. L’agglomération d’Aix a été récompensée pour avoir réussi à cartographier le bruit sur l’ensemble de ses 35 communes. La ville de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) et la chambre de commerce et d’industrie de Paris Hauts-de-Seine ont séduit le jury avec leur guide « Comment lutter contre le bruit ? » Enfin, sur un plan plus technologique, le jury a retenu la société Tecumseh Europe pour ses réfrigérateurs de 7 à 12 dB plus silencieux que les modèles classiques et la société Acousystem pour son dispositif à base de caoutchouc recyclé qui fixe et isole les rails de tramway. Joli palmarès. Et belle démonstration : les empêcheurs de faire du bruit sortent enfin de leur silence.

Dormir sur ses deux oreilles ? Faut pas rêver !

Il serait temps car le bruit n’en finit plus de nous casser les oreilles. Selon l’INSEE, « le bruit est considéré par la population française comme une atteinte à la qualité de vie ». Il est la première nuisance à domicile déclarée par 54 % des personnes, résidant dans des villes de plus de 50 000 habitants. « Les nuisances sonores sont dénoncées par une large majorité de Français comme la première gêne à laquelle ils sont confrontés dans leur vie quotidienne », confirme l’ADEME. La plus grande partie de ces nuisances provient du redoutable trio transport routier, transport ferroviaire, transport aérien, et en majorité de la route. Il y aurait ainsi dans notre beau pays quelque 350 000 logements proches de voies de transport terrestre, exposés à un niveau préoccupant d’émissions sonores. C’est ce que confirment les dernières études. Les experts ont recensé en France près de 3 000 points noirs de bruit liés aux transports terrestres, c’est-à-dire des zones bâties où l’on ne s’entend plus et où le niveau sonore excède les 70 décibels. Parmi ces 3 000 sites, 800 sont considérés comme des super points noirs. La gêne y est alors forte le jour et très forte la nuit jusqu’à affecter le sommeil des habitants. Un vrai cauchemar pour les riverains. Mais ailleurs, la vie n’est pas toujours silencieuse : « Le bruit produit par certaines activités économiques, industrielles ou de loisirs, de même que les bruits de comportements, communément appelés bruits de voisinage, sont également très gênants pour de nombreux citoyens », rappelle l’ADEME. Bref, que ce soit à cause des autoroutes, des couloirs aériens ou de voisins peu scrupuleux, le bruit nous gâche la vie. Et nous rend chaque jour un peu plus sourds.

 

Cris et tintamarre, un vacarme assourdissant

Comment le bruit rend-il sourd ? Le bruit parvient à nos oreilles par le pavillon. Celui-ci le capte et le transmet par le tympan puis les osselets aux liquides de l’oreille interne. Là se trouvent les fameuses cellules ciliées (elles sont dotées de cils sensibles aux vibrations sonores et on en compte 15 500 réparties en deux familles : les cellules ciliées externes (CCE), qui permettent de distinguer les fréquences et d’amplifier l’intensité sonore, et les cellules ciliées internes (CCI) qui transmettent l’information au cerveau sous la forme d’un message électrique). Ces cellules ciliées réceptionnent le bruit et transmettent l’information au cerveau. Le cerveau interprète alors l’information et déclenche un tas de réactions possibles : sursaut, plaisir, douleur…

Toute cette machine bien huilée doit être chouchoutée. Car les cellules ciliées sont incapables de se renouveler. Elles disparaissent progressivement avec l’âge mais elles peuvent aussi mourir prématurément. Une exposition répétée au bruit les fragilise et un choc sonore violent peut les détruire. « Le risque de fatigue auditive ou de surdité croît avec l’intensité », précisent les experts de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (AFSSET) dans leur rapport « Impacts sanitaires du bruit ». « Il existe une limite au-dessous de laquelle aucune fatigue mécanique n’apparaît. Dans ces conditions, l’oreille peut supporter un nombre quasi infini de sollicitations. Ainsi, les expositions de longue durée à des niveaux sonores inférieurs à 80 décibels n’induisent pas de lésions. Entre 80 dB et 120, le son peut procurer une sensation désagréable, voire douloureuse. Au-delà de 120 dB les tympans ainsi que les structures ciliaires de l’oreille interne peuvent subir des lésions importantes. Des ruptures ciliaires apparaissent dès que l’on dépasse les 130 dB. »

Pour ces mêmes spécialistes, tous les bruits ne font pas les mêmes dégâts. Les bruits de fréquences élevées (les aigus) sont, à intensité égale, plus nocifs que les bruits graves. Un son pur de forte intensité est plus traumatisant pour l’oreille interne qu’un bruit à large spectre. Un bruit impulsionnel ayant un caractère soudain et imprévisible (un coup de feu, une explosion) est plus nocif qu’un bruit continu de même énergie. Les dommages dépendent également de la durée d’exposition. « Pour une même ambiance sonore, plus la durée d’exposition est longue, plus les lésions auditives de l’oreille interne seront importantes. La succession des expositions professionnelle et extraprofessionnelle (discothèques, concerts, baladeurs…) augmente la durée d’exposition, donc le risque de lésions auditives. »

Enfin, les experts rappellent que la vulnérabilité individuelle joue aussi son rôle dans l’altération de l’audition. Selon eux, l’âge, les antécédents d’infections de la sphère ORL, de traumatisme crânien, certains troubles métaboliques ou de la tension artérielle peuvent potentialiser l’effet délétère du bruit.

Des voix s’élèvent pour briser le mur du son

C’est grave, Docteur ? Jugez-en. L’ADEME estime que le bruit est responsable de 11 % des accidents du travail, de 15 % des journées de travail perdues, de 20 % des internements psychiatriques. Chez les 15/19 ans 35 % souffrent déjà de problèmes auditifs… On n’est pas loin de la crise sanitaire. Et pourtant les chiffres ne font pas grand bruit. Pourquoi ? Parce que pendant longtemps, personne n’était là pour les entendre. Heureusement, depuis quelques années, le bruit entre dans le rang des préoccupations environnementales. Il existe depuis 1992 une loi sur le sujet qui fixe des normes à respecter, instaure des mesures de protection des riverains, renforce la surveillance et les sanctions (même si ces dernières, dans les faits, restent marginales). Aussi, depuis 2002, le Parlement européen oblige les grandes agglomérations à réaliser des cartes du bruit et à prendre des mesures pour le réduire. Depuis le 6 octobre 2003, la France possède également son plan d’action national contre le bruit pour lutter contre la nuisance au quotidien, imposer des normes d’isolation aux logements et préparer l’avenir en soutenant la recherche et l’innovation dans le secteur.

Enfin, plus récemment, le Grenelle de l’environnement a également planché sur le sujet et proposé des pistes d’actions : renforcer la qualité acoustique des bâtiments, sensibiliser les enfants, créer un observatoire du bruit dans les grandes villes…

Légiférer, c’est bien mais ce n’est pas suffisant car toutes ces mesures ont bien du mal à passer de la théorie à la réalité. « Je travaille depuis quarante ans sur le thème du bruit, explique Alain Muzet, et je n’ai pas noté d’amélioration tangible. Les gens continuent à se plaindre massivement du bruit. Cela vient sans doute de la difficulté à évaluer cette pollution. Le bruit est une nuisance locale, à 200 mètres de la zone concernée, on n’entend plus rien. Elle se propage très peu et elle est instantanée. Lorsque le bruit cesse, il n’y a plus de pollution. Il faudrait que les décideurs passent plusieurs jours sur le lieu d’exposition. Or si vous n’avez pas ce type d’expérience, la représentation de la nuisance est tronquée. » C’est peut-être cela le grand malheur du bruit : il n’arrive pas à se faire entendre…

• Acouphènes, hypoacousie… késaco ?

À force d’être exposées au bruit, nos oreilles y laissent des cils. Résultat ? Une liste de répercussions auditives de plus en plus longue. Dans l’ordre croissant des réjouissances : la fatigue auditive, l’hypoacousie (baisse de l’audition) dont la forme extrême est la surdité, les acouphènes, l’hyperacousie mais aussi toute une série d’effets en cascade : troubles du sommeil, problèmes cardiovasculaires… 

  • Fatigue auditive

Elle se manifeste par une baisse temporaire de l’audition suite à une exposition assez longue à un niveau sonore trop élevé. Rappelez-vous de votre dernier concert de rock. À la sortie, n’aviez-vous pas l’impression d’avoir les oreilles cotonneuses et de ne pas pouvoir suivre une conversation correctement ? Votre système auditif avait besoin de repos, un peu comme une voix cassée d’avoir trop crié. Le remède ? Plusieurs heures de calme pour laisser le temps aux oreilles de retrouver toutes leurs capacités.

  • Hypoacousie

Lorsque l’on est confronté à un bruit de plus de 130 dB, la perte d’audition peut être soudaine et irréversible mais l’hypoacousie vient le plus souvent d’une fatigue auditive à répétition. « Cette fatigue auditive peut être considérée comme un signal d’alarme », précise le site de la DRASS région Centre. Si l’expérience se renouvelle trop souvent, dans une ambiance sonore dépassant 85 dB (A), la surdité s’installe : c’est la surdité progressive et irréversible. La perte d’audition concerne principalement les fréquences aiguës. Contrairement à une baisse d’acuité auditive pour toutes les fréquences, cette perte peut entraîner des troubles de compréhension de la parole. Il existe trois classes de pertes auditives : les surdités légères (pertes comprises entre 20 et 40 dB HL [décibels Hearing Level]), les surdités moyennes (pertes comprises entre 40 et 60 dB HL) et les surdités sévères (pertes supérieures à 60 dB HL). Aujourd’hui, en France, 5 millions de Français sont concernés par la malentendance, dont 2 millions chez les moins de 55 ans. Et 15 % de la population porte des aides auditives.

  • Acouphènes

Si vous avez dans votre entourage une personne souffrant d’acouphènes, vous vous êtes rendu compte de la pénibilité du phénomène. Ses oreilles sifflent et bourdonnent en dehors de tout stimulus externe. Selon le rapport de l’AFSSET, plus de 5 millions de personnes souffrent d’acouphènes en France, en majorité des plus de 50 ans. Et si 50 000 à 80 000 d’entre elles consultent chaque année pour ce problème, les divers traitements médicamenteux n’améliorent la situation que dans 26 % des cas ! Les acouphènes finissent par rendre irritable et dépressif. Bien que ces bruits soient très souvent décrits comme « simples » et « non assourdissants » par leur intensité, ils peuvent procurer un envahissement de l’individu qui en est atteint et une destruction de son équilibre. Cette souffrance est exacerbée par le fait qu’elles sont seules à percevoir les bruits et qu’il n’existe pas, actuellement, de moyens de les évaluer, de les mesurer, de les qualifier, de les quantifier, mis à part ce qu’en dit le sujet qui les perçoit. 

  • Hyperacousie

Dans la même veine, l’hyperacousie se caractérise par une intolérance soudaine aux bruits jusque-là jugés normaux. Un train qui passe, un cri d’enfant, une sonnerie peuvent devenir intolérables pour une personne souffrant d’hyperacousie. Les causes ne sont pas vraiment connues pour l’instant. L’hyperacousie est parfois la conséquence d’un traumatisme auditif, d’un traumatisme crânien, de médicaments toxiques et peut être symptomatique d’une fibromyalgie ou bien encore d’autisme. Cette hypersensibilité auditive est de plus susceptible d’être accompagnée d’acouphènes.

  • Troubles du sommeil

Moins directement, le bruit peut toucher tout l’organisme. Il peut notamment affecter le sommeil et provoquer des difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes, des modifications des états du sommeil (sous l’effet du bruit, on peut passer d’un sommeil profond à un stade plus léger). Selon la DRASS Centre, entre 45 et 55 dB, le sommeil paradoxal est altéré, entre 55 et 65 dB un bruit réveille les enfants et entre 65 et 75 dB les adultes. Au-delà de 75 dB l’endormissement est tout simplement impossible.

L’équipe de recherche du Centre d’étude de physiologie appliquée du CNRS de Strasbourg, longtemps dirigé par Alain Muzet a montré que les bruits nocturnes, même s’ils ne réveillent pas le sujet, entraînent des réponses cardiovasculaires : le rythme cardiaque et la tension artérielle augmentent. Le corps se prépare à affronter l’agression, en quelque sorte. « Cette stimulation, si elle est répétée et intense, entraîne une répétition des réponses de l’organisme qui, à la longue, peut induire un état de fatigue voire un épuisement. L’organisme peut ne plus être capable de répondre de façon adaptée aux stimulations et aux agressions extérieures et voir ainsi ses systèmes de défense devenir inefficaces », prévient le rapport de l’AFSSET. « À long terme une perturbation ou une réduction quotidienne de la durée du sommeil entraîne une fatigue chronique excessive et de la somnolence, sources de baisses de vigilance diurnes qui peuvent avoir une incidence sur les risques d’accidents de la circulation ou du travail, ajoutent les experts. Une réduction de la motivation de travail et des troubles d’apprentissage sont également constatés. »

Les chercheurs ont également montré que les bruits pouvaient entraîner des troubles endocriniens. « En présence de bruit, les taux de certaines hormones (adrénaline, noradrénaline, cortisol) augmentent avec pour conséquence l’affaiblissement des défenses immunitaires. »

 

Mettez les décibels au diapason

Pour beaucoup d’entre nous, le bruit apparaît comme une fatalité, une rançon due au progrès. Il n’en est rien ! 

Voici dix trucs pour conjurer le son.

  1. Limitez le niveau sonore autour de vous. Télévision, radio, chaîne hi-fi, mettez tout ce petit monde au diapason.
  2. Si votre chambre ou celle de vos enfants se trouve sur rue, posez des doubles vitrages.
  3. Respectez les règles de bon voisinage. Limitez le bruit le jour comme la nuit : la loi est la même, mais après 22 heures, on parle de tapage nocturne. Gardez vos talons pour l’extérieur, écoutez la télé avec un casque, ne laissez pas votre chien aboyer.
  4. Ne débridez pas votre baladeur et baissez le son surtout si cet appareil a été acheté avant septembre 1998 et n’est donc pas limité à 100 dB.
  5. N’écoutez pas votre baladeur plus d’une heure à volume moyen. Faites des pauses.
  6. En discothèque, équipez-vous de bouchons d’oreilles et, toutes les deux heures, isolez-vous dans un endroit plus calme.
  7. Lors des concerts en plein air, ne vous collez pas aux baffles. Éloignez-vous de la source sonore (le niveau sonore décroît de 6 décibels lorsque la distance double).
  8. En voiture, ne klaxonnez qu’en cas de danger imminent. Pensez aux riverains et aux piétons.
  9. Apprenez à vos enfants à limiter le bruit, offrez-leur des moments de silence.
  10. Dès que vos oreilles commencent à siffler ou à bourdonner, sortez du champ sonore au plus vite.
    Par Amel Bouvyer et Hélène Binet 
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Lundi 21 septembre 2009 1 21 /09 /2009 16:09

 

Les nanoparticules sont diffusées à très grande vitesse dans les produits que nous utilisons au quotidien,en particulier dans les cosmétiques, sans aucune étude de toxicité préalable à leur mise sur le marché. Si des milliards de dollars y ont été investis, les nanotechnologies sont aujourd’hui terra incognita : on ne sait pas grand-chose de leur éventuel impact sanitaire ni, plus généralement, des enjeux éthiques et environnementaux qui les entourent.

 

Nous venons à peine de percer à jour les dégâts causés par les pesticides, les métaux lourds, les OGM, l’amiante, que se profile le péril nano. Les nanoparticules (du grec nano qui signifie nain), un mot magique et nébuleux désignant vaguement un ensemble de techniques qui manipulent la matière aux frontières de l’infiniment petit, à l’échelle de l’atome, et regroupent des produits dont la dimension est de l’ordre du milliardième de mètre, sont entrées sans faire de bruit, dans notre quotidien. Elles sont là, parmi nous, sous forme de nanotubes, de nanoballons, de nanobilles, de nanolasers, de nanopuces… et rien ne semble pouvoir les arrêter.

Tout ce qui est petit est mignon. Les nanoparticules en seraient presque attendrissantes… Et pour ajouter à leur charme, elles nous ouvrent un horizon fascinant de prophéties et d’innovations prometteuses et nous permettraient de « refaire ce que la vie a fait, mais à notre façon », selon les termes du Prix Nobel de chimie 1987, Jean-Marie Lehn. On observe même, à l’instar de la stratégie de séduction du public que l’on a connue avec les organismes génétiquement modifiés, le développement d’une « sérénade » louant les nanosolutions au service des pays pauvres. Pendant ce temps, la production mondiale de nanomatériaux croît de manière exponentielle, pour preuve les investissements colossaux auxquels nous assistons.

Pourquoi les nano font peur ?

Le train des nano est donc lancé. Et rien ne pourra l’arrêter. Par les propriétés physiques inédites qu'elles possèdent, les nanotechnologies sont certes porteuses d'enjeux énormes. Mais, pour la même raison, elles présentent des risques sanitaires et environnementaux que nous sommes loin de soupçonner. Qu’en est-il des enjeux éthiques qui entourent ces mystérieuses particules un million de fois plus petites que le millimètre et surtout de leur impact sur notre santé ? Que se passe-t-il quand des nanotubes de carbone dispersés dans l’air sont inhalés ? Représentent-ils une menace de type « amiante » en s'insinuant dans nos voies respiratoires ? Qu’advient-il quand des particules de dioxyde de titane sont appliquées sur la peau comme écran solaire ? Jusqu'où les nanoparticules peuvent-elles pénétrer dans un organisme du fait de leur taille ? En attendant, et sans vouloir écrire un scénario catastrophe, voilà ce que l'on sait des nanoparticules.

Où se cachent-elles ?

Ce sont les nanoparticules qui se taillent aujourd’hui la part du lion sur le marché des nanotechnologies. Les plus couramment utilisées sont d’une part, les nanoparticules de noir de carbone (sous forme de nanotubes ou de nanoballons appelés aussi « fullerènes »). Le noir de carbone (ou noir de fumée), c’est ce dépôt de fines particules de carbone (de 10 à 400 nm de diamètre) qui se forme lorsque l’on approche une bougie d’une paroi froide. Dans la nature, ces nanoparticules n’existent qu’à l’état de traces.

Produites industriellement, elles sont utilisées comme pigment (pour les encres), comme éléments de renfort au sein de matériaux composites car elles sont cent fois plus résistantes que l’acier, tout en étant six fois plus légères et très flexibles (raquettes de tennis, pneus, semelles de chaussure), comme isolant de la lumière (dans les emballages)… 

Et d’autre part, les nanoparticules d’oxydes métalliques. Ainsi, le dioxyde de titane (TiO2) est utilisé comme pigment blanc (on le retrouve ainsi dans les peintures et les encres) mais aussi dans les matières plastiques, les caoutchoucs, les fibres synthétiques, les surfaces autonettoyantes ainsi que dans les cosmétiques, les dentifrices, les produits pharmaceutiques ou encore comme colorant alimentaire.

Et depuis peu on l’emploie comme filtre anti-UV dans les crèmes solaires. Quant à l'oxyde de zinc (ZnO), il possède globalement les mêmes propriétés et les mêmes usages que le dioxyde de titane. Enfin, on a recours à des nanoparticules de silice pour fabriquer des pneus basse résistance permettant de réduire la consommation de carburant.

Vertige de l’infiniment petit

L'avènement de la nano-industrie devrait induire une restructuration de nombreux secteurs industriels, comme ce fut le cas avec l’informatique ou l’électronique. Tous les grands secteurs de production – électronique, textile, médical, agroalimentaire, énergétique – sont touchés par cette tempête technologique.

Côté santé, les nanobilles peuvent constituer d'excellents transporteurs d'agents actifs. Les nanoparticules sont de plus en plus utilisées dans le domaine de la biométrie ou des systèmes nomades miniaturisés d’information. La firme Applied Digital a reçu l’an dernier l’approbation de la Food and Drug Administration (l’autorité américaine en matière de médicaments) pour sa « puce médicale incorporée », qui s’implante sous la peau et émet l’histoire médicale complète du patient. Elles seront exploitées à l’avenir comme vecteurs pour transporter des médicaments au niveau des cellules cibles. Elles sont déjà incorporées dans les vêtements, les farts de skis…

 IBM, Michelin, Daimler-Chrysler…

Très prisés pour leur robustesse alliée à leur légèreté et une bonne conductivité électrique, les nanomatériaux équipent déjà lecteurs de DVD, raquettes de tennis, aspirateurs, machines à laver et ils se sont discrètement glissés dans nos produits de beauté. Sony et STMicroelectronics, associés à Motorola et à Philips Semiconduc­tors International, viennent d’investir 1,5 milliard d’euros pour la fabrication de semi-conducteurs usinés à moins de 90 nanomètres. Dans le secteur textile, les projets concernent des fibres métallisées capables de contenir de l’énergie ou d’intégrer des capteurs.

Le groupe automobile Daimler-Chrysler vend déjà des véhicules dotés de renforts de freins ou de pièces de moteur en nanotubes de carbone, six fois plus légers et cent fois plus résistants que l’acier, doués de la même conductivité que le cuivre et de la même dureté que le diamant. Et utilise en série, pour tous les modèles de sa marque Mercedes-Benz un vernis à nanoparticules trois fois plus résistant aux rayures qu’une peinture classique et bien plus brillant.

IBM produit des transistors cent mille fois plus fins qu’un cheveu…

Michelin utilise des nanoparticules de silice pour fabriquer un pneu « vert » qui offre une moindre résistance au roulement et permet de réduire la consommation de carburant de 20 %.

Renault et Peugeot les expérimentent pour renforcer les pièces de carrosserie. Ils seront également bientôt présents dans les écrans plats. Ils ont, pour la première fois, figuré dans la composition d'un cadre de vélo lors du dernier Tour de France. L'industrie cosmétique a décidé elle aussi de surfer sur les nanotechnologies. Chanel, Dior, Shiseido, Estée Lauder, Roc, Clinic ou L’Oréal utilisent des nanoparticules d’oxydes métalliques pour filtrer les rayons ultra-violets, augmenter le taux de pénétration des crèmes de soins ou encore améliorer la tenue des rouges à lèvres et des vernis à ongles.

Nano-cosmÉtiques : L’Oréal, Chanel, Dior, Lancôme… auront-ils notre peau ?

On ne peut pas affirmer avec certitude que les nanoparticules puissent pénétrer une peau intacte (mais ça ne saurait tarder). Cependant plusieurs études montrent qu'une peau abîmée (acné, eczéma, coupure…) laisse passer facilement des particules de l’ordre du nanomètre. Malgré cela, les plus grands noms de l’industrie cosmétique, comme L’Oréal, Dior, Chanel, Revlon, Estée Lauder, Lancôme, Shiseido ou encore Clinic, continuent de vendre à prix d’or, sous prétexte d’efficacité, des cosmétiques contenant des ingrédients nanotechnologiques. C’est d’autant plus alarmant que beaucoup de ces produits de « beauté » contiennent des « agents de pénétration », ce qui renforce les craintes d’une absorption probable par la peau de nanomatériaux et de leur possible entrée dans la circulation sanguine.

Voici une liste non exhaustive, loin s’en faut, de produits qui contiennent des nanoparticules et qu’il faut d’ores et déjà bannir :

  • L'Oréal, la gamme Revitalift aux nanosomes, les poudres bronzantes et les rouges à lèvres HIP (High Intensity Pigments),
  • Chanel, l’émulsion fraîche de parfum de Coco Mademoiselle,
  • Clinic, la gamme anti-âge,
  • Estée Lauder, les gammes Re-Nutriv et Résilience,
  • Dior, la crème de jour Dior Finish UV 60-80,
  • La Prairie, la crème visage Caviar Luxe,
  • Neutrogena, toute la gamme,
  • Shiseido, toute la gamme Bio-Performance,
  • Procter & Gamble, la lotion solaire Olay,
  • Lancôme, l’autobronzant Hydra Flash, la crème Hydra Zen et la gamme Rénergie.

Faites passer le message !

Toutes petites et pourtant si nocives…

Il faut savoir que les nanomatériaux ne constituent pas un groupe homogène de substances. Leurs particules peuvent varier en taille, forme, surface, composition chimique, persistance biologique… Dans les nanotechnologies, plus que la nature chimique du matériau, c’est l’organisation spatiale des atomes qui est déterminante. Et c’est ce qui les rend exceptionnellement réactives. La forme même des nanoproduits peut être à l’origine d’effets toxiques.

À l’université de Rochester (État de New York), des travaux toxicologiques réalisés sur les nano-objets révèlent des résultats préoccupants, notamment des réactions inflammatoires dans les tissus pulmonaires exposés à des nanoparticules de carbone. Et on sait d’ores et déjà que les nanopoudres – du fait de leur finesse – peuvent se diffuser dans les espaces corporels et que les nanotubes de carbone pourraient, à l’instar des fibres d’amiante, se ficher dans les alvéoles pulmonaires et provoquer des cancers, passer dans le sang, traverser la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau et même franchir la barrière placentaire.

On a démontré que les fullerènes (nanobilles de carbone) utilisés dans les crèmes hydratantes, endommagent le cerveau des poissons et sont hépatotoxiques chez l'homme. On a mis en évidence, et cela de manière irréfutable, que les nanoparticules de dioxyde de titane, employées dans les filtres solaires pour une question d'esthétique produisent des radicaux libres et endommagent l'ADN de la peau.

Une législation sourde et muette

Une soixantaine de représentants de vingt-cinq pays – dont la Chine, le Japon, la Russie, l’Australie, l’Inde et l’Afrique du Sud – se sont réunis pour instaurer un « Bureau consultatif international pour une nanoscience responsable ». À la suite, un rapport intitulé « Éthique et prospective industrielle », qui pointe treize recommandations, dont la nécessité d’un observatoire sociétal européen des nanotechnologies, a été remis aux ministres de l’Industrie et de la Recherche. Sans écho à ce jour…

Les Britanniques ont pris le problème à bras-le-corps. Sur le plan de la législation, ils estiment qu’il faut s’assurer que la maîtrise de ces nanotechnologies soit complètement encadrée par les textes de loi existants ou à venir, et ceci au niveau européen. Cela part d’une bonne intention, mais quand on sait que sous l’influence des lobbies industriels, la législation européenne REACH, dont l’ambition était d’évaluer l’incidence sur la santé et l’environnement de trente mille substances chimiques a été obligée de faire marche arrière, on ne peut que douter de la mise en place d’une telle réglementation. D’autant que les systèmes d’autorisation des substances reposent uniquement sur la description de la composition chimique des produits. Or, avec les nanomatériaux, cela ne suffit pas, puisque c’est l’organisation spatiale des atomes qui peut déclencher des effets biologiques, notamment cancérigènes.

Les industriels font l’autruche

En Grande-Bretagne, un rapport consacré aux nanotechnologies de la Royal Society et de la Royal Academy of Engineering, a demandé aux industriels de « restreindre les expositions aux nanotubes, de divulguer leurs tests toxicologiques, et que des recherches approfondies soient menées pour cerner les impacts biologiques ». Les industriels font la sourde oreille… « Ce qui complique la caractérisation des éventuels impacts sanitaires, c’est que les industriels eux-mêmes ne connaissent pas bien les nanoproduits qu’ils fabriquent », confie sous embargo le directeur du département recherches d’un des spécialistes français des nanotechnologies. Et ce n'est pas près de changer, car aux plans européen et américain, même si de très nombreux programmes sur les enjeux sanitaires sont lancés, ils ne dépassent guère 3 % à 6 % des budgets alloués aux « nano ».

« Dans ce domaine, il y a beaucoup de recommandations mais pas de normes de sécurité spécifiques, comme il en existe pour les produits dangereux. Faute de connaître exactement les risques sanitaires liés à la manipulation des nanoparticules, nous appliquons le principe de précaution et nous travaillons avec gants, masques et blouses… » déplore Kai Schierholz, directeur technique de la société Nanoledge, issue du CNRS, basée à Montpellier et spécialisée dans l’élaboration de matériaux composites à base de nanotubes de carbone (raquettes Babolat, skis Axunn, industrie automobile, aéronautique). À la direction de la recherche de Saint-Gobain, on envisage de mettre un terme à des travaux jugés trop risqués.

Mais tous les industriels n'ont pas une dimension éthique. Loin s'en faut. Comme des investissements colossaux sont déjà engagés, la plupart d'entre eux veulent croire et surtout faire croire à des risques mineurs et surtout maîtrisables. À l’université Rice (Houston, États-Unis), haut lieu de la réflexion sur l’impact des nanotechnologies, des chercheurs financés par des lobbies industriels se veulent optimistes : « Si nous pouvons contrôler les propriétés de surface, nous pourrons éviter les effets toxiques ». Chez NanoBusiness Alliance (organisation industrielle américaine dédiée aux nano-objets), on convient que « les risques sont là, ils sont réels mais ils sont gérables ».

Les scientifiques sur la brèche 

Mais dans leur grande majorité, les scientifiques sont beaucoup plus circonspects. Leur enthousiasme est teinté d’angoisse. Pour eux, « les nano­sciences ouvrent grand la porte à l’inconnu, à l’imprévisible… C’est la terra incognita. » Encouragés par la multiplication, ces derniers mois, de rapports d'experts et d’articles scientifiques pointant les dangers, pour la santé et l'environnement, de la fabrication et de l'utilisation d'objets de taille nanométrique, beaucoup d'entre eux commencent à dire tout haut ce qu'ils pensent tout bas.

L'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (AFSSET) estimait, en juin, que « les études toxicologiques, in vitro et chez l'animal, sont encore très peu nombreuses mais établissent l'existence de risques potentiels de toxicité ». Début juillet, le Comité de prévention et de précaution (CPP), placé auprès du ministre chargé de l'environnement, mettait en garde : « De multiples arguments indiquent l'existence d'une réactivité particulière des nanoparticules en rapport avec leur très petite taille. Cette réactivité cellulaire et tissulaire peut constituer un danger pour l'homme si celui-ci est exposé par inhalation, ingestion ou passage transcutané. » En octobre, c'était au tour du comité d'éthique du CNRS de prôner une « vigilance éthique et sociale ». Et on vient d'apprendre qu'une vingtaine de chercheurs français issus de quatre laboratoires (dont le CNRS et l'INSERM) vont plancher pendant trois ans, avec le soutien financier de l'Agence nationale de la recherche (ANR), sur la toxicité des nanotubes de carbone. « Échaudés par la découverte bien trop tardive de la toxicité de l'amiante, les chercheurs ont cette fois voulu étudier très en amont les risques éventuels des nanotubes de carbone tant sur la santé que sur l'environnement », a expliqué à l'AFP Emmanuel Flahaut, chercheur au CNRS et coordinateur de cette étude.

Et nous, que devons-nous faire ?

Le temps presse et si l’on ne tire pas vite la sonnette d’alarme en investissant dans la recherche consacrée à la toxicologie des nanostructures, on risque de revivre à la puissance mille une catastrophe similaire à celle de l’amiante. En attendant, chacun de nous peut agir à son échelle, tout du moins lorsqu’il s’agit de produits cosmétiques. Et cela en exigeant, conformément à la directive européenne du 26 août 2006, relative aux cosmétiques, d'avoir accès à l'information complète sur la composition et les effets indésirables des cosmétiques. En boycottant ceux qui semblent suspects. Et surtout en essayant d'utiliser au maximum les produits labellisés Cosmébio.

15 septembre 2009 - Par Amel Bouvyer
 
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Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /2009 18:44

McDo recycle le carton. McDo construit ses fast-foods avec du bois provenant de forêts bien gérées. McDo transforme son huile de friture en carburant. Beaucoup de blanc (pour la pureté), un pavé de texte (pour expliquer), un petit logo à feuille verte (pour dire la communion de l'entreprise avec la nature). Ces pubs sont parues dans 24 quotidiens et magasines nationaux et 66 quotidiens régionaux. Impossible de parcourir son journal sans être frappé par l'une des quatre pub que McDonald's a consacrées à son engagement dans le développement durable. " Nos huiles de friture est déjà le carburant du futur ". " Nos huiles de friture usagées sont recyclées en biodiesel ". Et d'expliquer que ce carburant  remplira très bientôt les poids lourds qui approvisionnent en pains, potatoes et steaks hachés tous les fast-foods français du groupe. " Ce qui permettra d'économiser l'équivalent de 760 km par camion et par an en émissions de gaz à effet de serre ", se réjouit-on au département développement durable chez McDonald's. Mais il y a un hic : pour l'instant, ce carburant B100 n'est pas autorisé en France. Surtout, si ces publicités prêchent la protection de l'environnement, elles pêchent par omission, gommant l'absence de produits bio, la viande provenant pour moitié de l'étranger, les tomates cerises en hiver et les jouets fabriqués en Chine glissés dans les menus enfants. Aussi, McDonald's France annonce sur son site, pompeusement baptisé McDonalds-environnement, une baisse de 8% en trois ans des émissions de gaz à effet de serre dans ses restaurants. Et si on allait voir du côté des émissions dues aux pratiques agricoles et aux déplacements des fournisseurs et des clients ? Il n'y aurait pas de quoi pavoiser.

- Publié dans : SOCIÉTÉ
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